Par un beau samedi matin de mars, je décide d’aller acheter mon pain, au village voisin, à pied… à la louche, je pense qu’il me faudra un peu plus de trente minutes à l’aller et donc à peu près le même temps au retour !

Pour tout vous dire, ce n’est pas juste du pain que je vais chercher, mais du pain qui aurait fini à la poubelle dans les invendus du jour, si ce n’est que j’ai découvert une nouvelle application anti-gaspillage qui me permet de « sauver » du pain qui, sans moi, serait « perdu » ! (« Too good to go » sur IPhone et Androïd)

Evidement, cette mission ne pouvait que me correspondre ! Je me mets donc en route, par un magnifique samedi matin de mars, accompagnée du chant printanier des oiseaux, du bruit et de la pollution des voitures et motos… et je médite chemin faisant.

« Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front… » Gn 3,19 me vient en mémoire. Je l’ai toujours entendu comme une malédiction qui vient en conséquence d’une désobéissance… et voilà que, ce matin de mars, avec un rayon de soleil et des bonnes chaussures de marche, je trouve que ma sueur n’est pas désagréable. Au contraire : elle a un goût de fierté de l’effort accompli pour une juste et bonne cause, non seulement me nourrir de bon produit locaux (farine de Genève), mais aussi réduire le gaspillage et en plus, me faire du bien dans mon corps (car je me dois de toutes les façons de marcher…). Et là, plutôt que de marcher pour rien… je marche et transpire pour mon pain quotidien ! Quel bonheur, ce matin, en regardant les petites fleurs fraîchement écloses, que de transpirer un peu pour mon pain… et je pressens qu’il en sera d’autant meilleur à déguster qu’il m’aura coûté quelques efforts.

Bien sûr, il est facile de transformer cette malédiction en bénédiction : je ne suis pas pressée par le temps ou d’autres contraintes financières ou de rendement, j’ai choisi librement cette démarche et personne ne fera de bénéfice sur ma sueur… et je réalise que ce sont, à l’inverse, ces trois éléments, issu de fonctionnement humain, qui rendent le travail de beaucoup si pénible et aliénant. Les pressions, le non-choix et le fait que d’autre tirent bénéfice de l’action produite dans la pénibilité.

De retour, je retourne à ma Bible et je relis… la malédiction est en fait pour le sol qui « sera maudit à cause de toi », non pour l’homme et le v. 19 n’est que la conséquence de cette malédiction, énoncée comme un constat réaliste. Mais rien ne dit que ce constat doit être le plus pénible ou injuste possible !

Oui, il peut y avoir du bonheur à gagner son pain à la sueur de son front. Si du moins, on peut retrouver le temps et la grâce de savourer un pas après l’autre d’un cheminement de vie épanouissant. C’est ce qui nous est laissé dans un monde où le malheur envahit tout et toutes choses…

PS : chemin faisant, j’en ai profité pour ramasser quelques déchets. Il me semblait que dix serait un chiffre raisonnable… mais j’ai rapidement été débordée par les cannettes en aluminum, les bouteilles en verre et en PET, les paquets de cigarettes, etc. Sachant qu’un mégot de cigarette a le pouvoir de polluer 100 l. d’eau de pluie : combien pensez-vous que j’ai dépollué d’eau ce matin ?

Rose-May Privet Tshitenge, 15 mars 2019